« Não peço desculpas a ninguém. » Dimanche soir, Jorge Jesus affirmait n’avoir aucune excuse à présenter à Cristiano Ronaldo. Vingt-quatre heures plus tard, Piers Morgan affirme exactement l’inverse : le sélectionneur se serait déjà excusé, en privé, auprès du joueur et du président de la Fédération. Si c’est vrai, la crise change de nature.
Depuis le départ de Ronaldo du rassemblement, le 30 septembre, le récit dominant était simple. Un joueur de 41 ans qui n’accepte pas le banc. Un sélectionneur qui refuse de céder au statut. Des règles « iguais para todos ».
Lundi, dans son émission Football Uncensored, Piers Morgan a raconté une tout autre histoire. Une histoire de promesses.
Ce que raconte Piers Morgan
Selon le journaliste britannique, tout aurait été convenu avant le premier match de Ligue des Nations. Ronaldo devait disputer les deux premières rencontres et se reposer lors des deux suivantes. Et pour le premier match, Jorge Jesus lui aurait dit, « d’entraîneur à joueur », qu’il jouerait les 90 minutes.
Le 24 septembre, à Alvalade, pour la première de Jesus sur le banc de la Seleção, le Portugal bat le pays de Galles (1-0). Cristiano Ronaldo est remplacé à la 67e minute, après avoir vu un but refusé pour hors-jeu.
C’est là que se situe la révélation la plus lourde. D’après Morgan, le sélectionneur se serait ensuite excusé auprès de Ronaldo, puis auprès du président de la Fédération, Pedro Proença, en promettant d’expliquer publiquement que cela n’aurait pas dû arriver.
Pour le match suivant, à Oslo, l’accord aurait été revu : une demi-heure de jeu. Le 27 septembre, Ronaldo s’échauffe pendant vingt-cinq minutes… et n’entre jamais. Pour Morgan, le problème n’a jamais été le temps de jeu. C’est la parole donnée.
Des excuses en privé, un procès en public
Au lieu de l’explication promise, il y a eu la conférence de presse du 30 septembre à Copenhague. Jorge Jesus y explique que les règles sont les mêmes pour tous, qu’il avait prévenu le joueur et qu’aucun joueur ne changera jamais ses idées. Le soir même, Ronaldo quitte le rassemblement.
Puis, dimanche, après la qualification face à la Norvège, cette phrase : « Não peço desculpas a ninguém », « Je ne m’excuse auprès de personne ».
Si la version de Piers Morgan est exacte, tout s’éclaire. Le départ de Ronaldo n’est plus le caprice d’un joueur vexé d’avoir été laissé sur le banc. C’est la réaction d’un capitaine qui entend en public le contraire de ce qu’on lui a dit en privé. Et l’on comprend mieux pourquoi Pedro Proença cherche depuis plusieurs jours à organiser une rencontre entre les deux hommes, et pourquoi il parle désormais de « malentendu » : le président saurait alors très bien de quoi il retourne.
Une version à prendre avec précaution
Il faut pourtant rester honnête. Piers Morgan n’est pas un observateur neutre. Ami proche de Ronaldo, auteur de la célèbre interview qui avait précipité son départ de Manchester United en 2022, il a lui-même annoncé s’exprimer « d’un point de vue très bien informé ». On devine d’où viennent ses informations.
Le ton de ses dernières sorties n’aide pas à la sérénité. Le 1er octobre, sur X, il qualifiait Jorge Jesus d’« arrogant », estimant qu’il n’avait jamais été assez bon pour jouer pour le Portugal et qu’il prenait plaisir à rabaisser le plus grand joueur du pays. Il jugeait aussi « écœurante » l’attribution du numéro 7 à Rafael Leão. Juste avant son émission, il comparait le sélectionneur à Erik ten Hag : un entraîneur qui voudrait se faire un nom en jouant les durs face à Cristiano.
À l’heure où nous écrivons ces lignes, ni Jorge Jesus ni la Fédération n’ont répondu point par point à ces affirmations. Nous n’avons donc qu’une version. Mais elle est précise, datée, vérifiable. Et elle appelle une réponse.
La Fédération ne peut plus se taire
Car cette fois, la question ne porte plus sur un choix sportif. Un sélectionneur a parfaitement le droit de laisser Cristiano Ronaldo sur le banc. Personne, ici, ne prétend le contraire.
La question est ailleurs : y a-t-il eu une promesse, puis des excuses ? Si oui, Jorge Jesus doit l’assumer. Si non, il doit le dire clairement. Et Pedro Proença, présenté comme témoin de ces excuses, ne peut pas éternellement se réfugier derrière le mot « malentendu ».
On a beaucoup parlé, ces derniers jours, de règles qui seraient les mêmes pour tous. Soit. La première d’entre elles, dans un vestiaire comme ailleurs, c’est de tenir parole.








