Né à Martigues, formé en Bretagne puis à Lens, fils d’un international algérien, Mezian Soares aurait pu choisir la France ou l’Algérie. Il a choisi le Portugal. Et quelque part entre Vila Nova de Gaia et la France, un grand-père émigré ne cache plus son émotion : « Arrepio-me sempre que o vejo com a camisola de Portugal. »
Il y a des choix sportifs. Et il y a des choix qui racontent une famille entière.
Celui de Mezian Soares appartient à la deuxième catégorie.
Un grand-père parti chanter le Portugal en France
Pour comprendre Mezian, il faut commencer par Felizardo Soares. Originaire de Vila Nova de Gaia, il a quitté le Portugal pour la France à la fin des années 1960, comme des centaines de milliers d’autres. Là-bas, il est devenu chanteur, une voix bien connue des communautés portugaises, qui chante en portugais comme en français.
Toute une vie à faire vivre le Portugal loin du Portugal. Alors forcément, quand son petit-fils enfile le maillot de la Seleção, quelque chose se passe.
Interrogé par zerozero, le grand-père ne cherche pas à jouer les modestes. Il est fier, profondément. Voir Mezian sous les couleurs portugaises, dit-il, « é algo que me entra para o coração », « c’est quelque chose qui me va droit au cœur ». Et de résumer le parcours de son petit-fils en une formule : il « está a seguir as raízes da família », il suit les racines de la famille.
Un détail qui fera sourire les lecteurs du Nord : « Eu sou portista », précise-t-il. Gaia oblige.
Trois sélections possibles, aucune hésitation
Sur le papier, Mezian avait l’embarras du choix. Né à Martigues en novembre 2009, il est le fils de Walid Mesloub, ancien capitaine de Lens et international algérien. Sa mère est portugaise. La France, l’Algérie et le Portugal pouvaient donc tous prétendre à lui.
La France l’a d’ailleurs convoqué avec les moins de 16 ans en 2024, sans qu’il joue. L’Algérie a récemment approché la famille. Mais selon son grand-père, Mezian n’a pas hésité un instant : entre ses trois options, il a choisi le Portugal.
Depuis 2025, il a porté le maillot des moins de 16 ans puis des moins de 17 ans portugais. Et fin septembre, Luís Freire l’a appelé chez les Espoirs, faisant de lui le troisième plus jeune joueur jamais convoqué en sub-21, derrière Fernando Chalana et Diogo Costa. Entré en jeu en Bulgarie, il a été titularisé cinq jours plus tard face à Gibraltar (4-0), le soir où le Portugal validait sa qualification pour l’Euro Espoirs.
À 16 ans.
« Ele nasceu para o futebol »
En club, sa progression est tout aussi fulgurante. Lancé en Ligue 1 par Lens le 8 mai dernier face à Nantes, il a marqué quelques secondes seulement après son entrée en jeu. En septembre, il a découvert la Ligue des champions face au Slavia Prague, et y a délivré une passe décisive. À 16 ans.
Rien d’étonnant, à entendre son grand-père : « Ele nasceu para o futebol. » Il est né pour le football. Felizardo Soares tient d’ailleurs à rendre hommage au père, dont le soutien a été décisif : « É importante destacar o apoio que o pai lhe tem dado. » Le football vient de Walid, la fibre portugaise de la famille maternelle. Les deux se rejoignent aujourd’hui sur le terrain.
Un choix qui reste à confirmer, un symbole déjà acquis
Il faut rester lucide : à son âge, rien n’est définitif, et les règlements lui permettraient encore de changer de sélection. La France et l’Algérie ne lâcheront sans doute pas l’affaire si facilement, et les grands clubs européens commencent déjà à tourner autour de lui.
Mais au-delà du football, son choix dit quelque chose de profond. Il dit que l’émigration n’efface pas l’attachement. Que des enfants nés à Martigues, à Paris ou à Lyon peuvent porter le Portugal en eux, même deux générations après le départ. Que les chansons de Felizardo Soares, chantées pendant des décennies pour ceux qui étaient partis, ont fini par trouver un écho sur un terrain de football.
Pour des milliers de familles luso-françaises, cette histoire a un goût familier. Celle d’un grand-père parti avec presque rien, et d’un petit-fils qui, un demi-siècle plus tard, choisit de revenir par le maillot.
Les portes, comme le dit son grand-père, « de um grande futuro estão abertas para ele ».
Bem-vindo a casa, Mezian !







