« Il ne courait plus, ni avec le ballon ni sans. » Deux ans après son licenciement de Manchester United, Erik ten Hag ressort les vieilles rancœurs et accuse Cristiano Ronaldo de s’être économisé à l’entraînement. Problème : tous les entraîneurs qui ont croisé le Portugais, avant comme après lui, racontent exactement l’inverse.
Il y a des interviews qui en disent plus sur celui qui parle que sur celui dont il parle.
Celle d’Erik ten Hag, accordée à The Athletic, en fait partie.
Ce que reproche Ten Hag

Interrogé sur son passage à Old Trafford, l’entraîneur néerlandais n’a pas fait dans la nuance. Selon lui, Cristiano Ronaldo « ne courait ni avec le ballon, ni sans le ballon », tout simplement parce qu’il « ne s’était pas préparé ». Plus grave encore, il affirme que le Portugais disait à ses coéquipiers de « garder leurs jambes à l’entraînement ».
Un joueur qui ne travaille pas. Qui tire ses partenaires vers le bas. Voilà le portrait que Ten Hag dresse de Cristiano Ronaldo.
Le souci, c’est que ce portrait ne ressemble à rien de ce que l’on a entendu pendant plus de vingt ans.
Ce que disent tous les autres
Commençons par ceux qui l’ont entraîné après Manchester United. Car si Ronaldo avait vraiment cessé de travailler, ils seraient les premiers à l’avoir remarqué.

Roberto Martínez, sélectionneur du Portugal depuis 2023, ne cesse de le répéter. En 2023, il confiait n’avoir « jamais travaillé avec un joueur qui se sacrifie autant que lui ». Un an plus tard, sur le podcast de Rio Ferdinand, il allait plus loin : à 200 sélections, Ronaldo est « toujours le dernier à quitter le terrain d’entraînement », et « il veut profiter de chaque instant pour se préparer ».

Luís Castro, qui l’a dirigé à Al Nassr, le décrit comme « le plus grand exemple de réussite au monde en matière de rigueur, de travail et de discipline ». Et d’ajouter : « Cristiano n’a pas besoin qu’on soit exigeant avec lui, il l’est déjà lui-même. »

Stefano Pioli, son successeur sur le banc saoudien, a raconté que Ronaldo arrivait à l’entraînement avant lui. Avant l’entraîneur. « C’est un perfectionniste, qui exige beaucoup de lui-même et des autres. »

Remontons le temps. Carlo Ancelotti, qui l’a eu au Real Madrid, est catégorique : « Je n’ai jamais vu un joueur aussi attentif, préparé, concentré. C’est un modèle pour les autres en matière de préparation. »

Et à Manchester même, l’ancien préparateur physique du club, Mike Clegg, a résumé les choses en une phrase : Ronaldo était « le plus grand bosseur à l’entraînement » avec qui il ait jamais travaillé.
Même Rangnick le défendait
Le témoignage le plus intéressant est peut-être celui de Ralf Rangnick, le prédécesseur direct de Ten Hag sur le banc mancunien. Rangnick n’a pourtant pas toujours été tendre avec Ronaldo, et leur relation a connu des tensions.
Mais lorsqu’il est arrivé à United en décembre 2021, voici ce qu’il disait d’un joueur de 36 ans : « Je n’ai jamais vu un joueur de son âge aussi en forme physiquement. »
Quelques mois plus tard, Ronaldo terminait la saison avec 24 buts toutes compétitions confondues, meilleur buteur du club, troisième buteur de Premier League derrière Salah et Son, et élu joueur de la saison par les supporters. Pas mal, pour un joueur qui ne courait pas.
Et le bilan de Ten Hag, alors ?
Puisque Ten Hag aime parler de préparation et de résultats, parlons des siens.
À Manchester United, il a certes remporté deux coupes : la Coupe de la Ligue en 2023 et la FA Cup en 2024. Mais il a aussi signé, en 2023-24, le pire classement de l’histoire du club en Premier League, une huitième place, assortie d’une élimination dès la phase de groupes de la Ligue des champions. Il a été limogé en octobre 2024, avec une équipe quatorzième du championnat.
La suite ? Elle tient en quelques lignes. À l’été 2025, il succède à Xabi Alonso au Bayer Leverkusen. Trois matchs plus tard, dont seulement deux en Bundesliga, il est remercié. Le licenciement le plus rapide de l’histoire du championnat allemand.
Depuis, Ten Hag n’entraîne plus. Il est devenu directeur technique du FC Twente, le club de son enfance.
Ronaldo n’a pas besoin d’être défendu
Il ne s’agit pas de dire que Ten Hag n’a pas le droit de donner sa version. Les relations entre un entraîneur et un joueur de cette stature sont complexes, et leur rupture à Manchester a été brutale des deux côtés.
Mais accuser Cristiano Ronaldo de ne pas travailler, c’est s’attaquer à la seule chose que personne, en vingt ans, n’avait jamais remise en cause. Ni Ancelotti, ni Rangnick, ni Martínez, ni Castro, ni Pioli.
Ronaldo, lui, continue de marquer, de s’entraîner et de durer. Ten Hag, lui, continue de parler de Ronaldo.
Cada um com a sua carreira !









