Il y a exactement dix ans, le Portugal remportait le premier grand titre de son histoire en battant la France au Stade de France. Une finale devenue légendaire, un but d’Éder entré dans l’éternité et une équipe qui a transformé pour toujours le rapport de tout un pays à sa Seleção. Dix ans plus tard, que sont devenus les 23 champions d’Europe ? Et où en est réellement le Portugal ?
Le 10 juillet 2016, à 23 h 32, le Portugal découvrait une sensation qui lui avait toujours échappé.
Celle de gagner.
Pas celle de produire de beaux joueurs. Pas celle d’émerveiller l’Europe avant de disparaître au moment décisif. Pas celle de recevoir les félicitations du monde entier après une élimination honorable. Mais celle de soulever un trophée, de regarder les autres pleurer et de rentrer au pays en champion.
À la 109e minute de la finale de l’Euro 2016, Éder contrôlait le ballon dos au but, résistait à Laurent Koscielny et déclenchait une frappe lointaine. Hugo Lloris plongeait. Trop tard.
Portugal 1, France 0.
Le Portugal venait de remporter le premier titre majeur de son histoire. Au Stade de France. Contre le pays organisateur. Sans Cristiano Ronaldo sur le terrain. Avec Éder comme héros.
Même dix ans plus tard, la phrase conserve quelque chose d’irréel.
De 2004 à 2016 : douze années pour refermer une blessure
Pour mesurer ce que représente le 10 juillet 2016, il faut revenir douze ans en arrière.
En 2004, le Portugal avait disputé un Championnat d’Europe à domicile. Luís Figo, Rui Costa, Deco, Ricardo Carvalho, Maniche et un Cristiano Ronaldo âgé de 19 ans avaient conduit la Seleção jusqu’à la finale. Tout un pays s’était préparé à célébrer son premier titre.
La Grèce avait pourtant gagné 1-0 à Lisbonne.
Cette défaite était devenue une blessure nationale. Le Portugal possédait les joueurs, le public et le talent, mais le trophée lui échappait encore. L’image d’un jeune Ronaldo en larmes après la finale avait accompagné toute une génération de supporters.
En 2016, le contexte était presque inversé.
Le Portugal ne jouait pas à domicile. Son effectif semblait moins brillant que celui de 2004. Bernardo Silva, Fábio Coentrão, Danny et Tiago étaient notamment absents. Cristiano Ronaldo approchait de ses 32 ans et une partie de l’équipe paraissait déjà vieillissante. Fernando Santos annonçait pourtant son intention de rester en France jusqu’au dernier jour du tournoi.
À l’époque, cela ressemblait à une formule de sélectionneur.
Quelques semaines plus tard, cela ressemblait à une prophétie.
Un début de compétition qui n’annonçait absolument pas un champion
Le Portugal commence son Euro par un match nul contre l’Islande, 1-1. Il domine, se procure des occasions, mais ne gagne pas.
Contre l’Autriche, la Seleção ne trouve toujours pas la solution : 0-0.
Lors du dernier match de poule, face à la Hongrie, le Portugal se retrouve à trois reprises mené au score. Nani et Cristiano Ronaldo, auteur d’un doublé, permettent d’arracher un spectaculaire 3-3.
La Seleção termine troisième de son groupe avec trois points. Elle se qualifie grâce au nouveau format à 24 équipes, qui permet aux meilleurs troisièmes de poursuivre la compétition. Elle n’a toujours remporté aucun match.
Les critiques se multiplient. Le Portugal est jugé décevant, sans imagination et beaucoup trop dépendant de Ronaldo.
Mais quelque chose est en train de se construire.
Fernando Santos comprend que son équipe ne dominera pas nécessairement ses adversaires par le jeu. Il décide alors de lui donner une autre identité : un bloc compact, une grande discipline tactique, une capacité à souffrir et la conviction que le match peut basculer à tout moment.
En huitième de finale, face à la Croatie, le Portugal accepte un match fermé. Ricardo Quaresma inscrit le seul but de la rencontre à la 117e minute.
En quart de finale, Robert Lewandowski ouvre rapidement le score pour la Pologne. Renato Sanches égalise. La qualification se joue aux tirs au but et Rui Patrício repousse la tentative de Jakub Błaszczykowski. Quaresma inscrit le dernier penalty.
En demi-finale, enfin, le Portugal s’impose 2-0 contre le pays de Galles grâce à Cristiano Ronaldo et Nani.
Pour la première fois depuis le début de l’Euro, les Portugais gagnent un match dans le temps réglementaire.
Un seul.
Mais ils sont en finale.
Le 10 juillet 2016, la France attendait son couronnement
La France était favorite.
Elle jouait chez elle, restait sur une victoire impressionnante contre l’Allemagne en demi-finale et pouvait compter sur Antoine Griezmann, meilleur buteur de la compétition. Le Stade de France était presque entièrement acquis aux Bleus.
Le scénario semblait écrit : la France devait conclure son tournoi par un titre.
Les premières minutes renforcent cette impression. Les Français pressent, attaquent et obligent Rui Patrício à intervenir. Puis, à la huitième minute, Dimitri Payet percute le genou gauche de Cristiano Ronaldo.
Le capitaine portugais tente de continuer.
Il revient une première fois après avoir reçu des soins, puis s’effondre. Un papillon vient se poser sur son visage pendant qu’il attend l’intervention des soigneurs. Ronaldo quitte finalement la pelouse à la 25e minute, en larmes, remplacé par Ricardo Quaresma.
Le Portugal vient de perdre son meilleur buteur, son capitaine et son principal repère offensif.
La finale paraît terminée.
Elle ne fait pourtant que commencer.
Sans Ronaldo, le Portugal devient une équipe
La sortie de Cristiano Ronaldo aurait pu détruire la Seleção. Elle produit l’effet inverse.
Les Portugais se rapprochent les uns des autres. Nani récupère le brassard. Pepe et José Fonte dirigent la défense. William Carvalho protège l’axe. Adrien Silva harcèle les milieux français. João Mário et Renato Sanches ferment les espaces. Cédric et Raphaël Guerreiro limitent leurs montées.
La France conserve l’initiative, mais Rui Patrício repousse tout.
Il intervient devant Griezmann, Moussa Sissoko et Olivier Giroud. Dans le temps additionnel, André-Pierre Gignac élimine Pepe et frappe sur le poteau.
Pendant quelques secondes, le Portugal revoit tous ses traumatismes.
Mais le ballon ne rentre pas.
En prolongation, Raphaël Guerreiro trouve à son tour la barre transversale sur coup franc. Puis arrive la 109e minute.
Éder, l’homme que personne n’attendait
Éder était entré à la 79e minute à la place de Renato Sanches.
Avant la finale, l’attaquant de Lille n’avait joué que quelques minutes dans la compétition. Il n’avait encore inscrit aucun but dans cet Euro et n’était pas considéré comme une solution majeure. Son passage au LOSC avait été difficile et une grande partie du public portugais ne comprenait même pas réellement sa présence dans les 23.
Mais Cristiano Ronaldo lui avait assuré qu’il allait marquer.
À la 109e minute, Éder reçoit le ballon à une trentaine de mètres du but. Il résiste à Koscielny, avance et frappe du pied droit. Le ballon reste bas, échappe à Lloris et termine dans le petit filet.
Éder court vers le banc portugais.
Pepe hurle.
Fernando Santos lève les bras.
Cristiano Ronaldo, blessé, devient presque un second entraîneur sur le bord du terrain. Il donne des consignes, encourage ses partenaires, réclame la fin du match et vit chaque seconde comme s’il était encore sur la pelouse.
Quelques minutes plus tard, l’arbitre siffle.
Le Portugal est champion d’Europe.
Rui Patrício, Pepe et les véritables fondations du titre
Le but d’Éder a naturellement absorbé toute la lumière. Pourtant, cette finale n’aurait jamais été gagnée sans Rui Patrício et Pepe.
Le gardien portugais réalise plusieurs arrêts déterminants. Il dégage une sérénité qui contraste avec la pression exercée par le Stade de France. Durant toute la phase à élimination directe, il ne concède qu’un seul but, face à la Pologne.
Devant lui, Pepe livre probablement l’un des plus grands matchs de sa carrière internationale. Il gagne les duels, couvre José Fonte, repousse les centres et termine la rencontre épuisé. L’UEFA le désigne homme du match.
Ronaldo était l’icône de cette équipe. Éder en est devenu le héros inattendu. Mais Rui Patrício et Pepe en étaient les fondations.
Le Portugal était-il un beau champion ?
Le Portugal de 2016 n’était pas une équipe spectaculaire. Il n’a jamais totalement maîtrisé son tournoi et n’a remporté qu’une seule de ses sept rencontres dans le temps réglementaire.
Mais il était un champion légitime.
Après une phase de groupes inquiétante, la Seleção élimine successivement la Croatie, la Pologne, le pays de Galles et la France. Elle ne perd aucun match et n’encaisse qu’un seul but durant les quatre rencontres à élimination directe.
Le format de la compétition lui a permis de survivre à son mauvais premier tour. Il ne lui a pas offert les arrêts de Rui Patrício, les interventions de Pepe, le sang-froid des tireurs contre la Pologne ou la frappe d’Éder.
Le Portugal n’a pas gagné parce qu’il était la meilleure équipe du tournoi.
Il a gagné parce qu’il est devenu, au fil des rencontres, l’équipe la plus difficile à battre.
Et dans une compétition internationale, cela compte parfois davantage.
Que sont devenus les 23 champions d’Europe ?
Dix ans après la finale, le groupe de 2016 s’est presque entièrement dispersé. Certains joueurs évoluent encore au plus haut niveau, d’autres ont rejoint des staffs, des directions sportives ou la Fédération. Plusieurs ont définitivement raccroché.
Les gardiens
Rui Patrício — Titulaire pendant les sept matchs de l’Euro et immense en finale, il a ensuite joué à Wolverhampton, à la Roma, à l’Atalanta et brièvement à Al-Ain. Il a annoncé sa retraite en décembre 2025, à 37 ans, après près de vingt années de carrière professionnelle.
Anthony Lopes — Numéro deux en 2016, il n’est jamais entré en jeu pendant le tournoi. Après avoir passé l’essentiel de sa carrière à Lyon puis une saison à Nantes, il a rejoint Angers en juin 2026. À 35 ans, il reste donc en activité en Ligue 1.
Eduardo — Troisième gardien durant l’Euro, il a terminé sa carrière à Braga. Il s’est ensuite tourné vers l’encadrement et travaille désormais comme entraîneur des gardiens du club minhoto.
Les défenseurs
Cédric Soares — Titulaire à partir du quart de finale et présent lors de la finale, il a ensuite connu Southampton, Arsenal, Fulham et São Paulo, où il a poursuivi sa carrière au Brésil.
Pepe — Après l’Euro, il a continué à jouer jusqu’à 41 ans, notamment au Beşiktaş puis au FC Porto. Il a disputé son dernier grand tournoi lors de l’Euro 2024 avant d’annoncer sa retraite en août de la même année.
José Fonte — Devenu titulaire à partir des huitièmes de finale en 2016, il a poursuivi une longue carrière entre Southampton, West Ham, Lille et Braga. Après sa retraite, il a choisi la voie du banc et doit intégrer l’encadrement de Sunderland à partir du 20 juillet 2026.
Ricardo Carvalho — À 38 ans, il était le joueur le plus âgé de l’effectif portugais en France. Après sa retraite, l’ancien défenseur de Porto, Chelsea et du Real Madrid est devenu entraîneur adjoint. Il faisait encore partie du staff de Roberto Martínez lors de la Coupe du monde 2026, avant la fin de la collaboration entre le sélectionneur et la Fédération.
Bruno Alves — Remplaçant durant l’essentiel du tournoi, il avait été titularisé lors de la demi-finale contre le pays de Galles en raison de la blessure de Pepe. Retraité depuis 2022, il est devenu en février 2026 directeur technique de Rio Ave.
Raphaël Guerreiro — L’une des révélations portugaises de la compétition. Après Lorient, il a évolué au Borussia Dortmund puis au Bayern Munich. Son contrat avec le club bavarois s’est terminé à l’issue de la saison 2025-2026 et n’a pas été prolongé. À 32 ans, il se retrouve libre de choisir un nouveau projet.
Eliseu — Doublure de Raphaël Guerreiro en 2016, il a terminé sa carrière au Benfica en 2018. Resté proche du football portugais, il mène depuis une vie beaucoup plus discrète, loin du très haut niveau.
Vieirinha — Utilisé au début de l’Euro avant de perdre sa place au profit de Cédric, il est devenu une véritable légende du PAOK Salonique. Il a disputé son dernier match professionnel le 11 mai 2025, mettant fin à une carrière de 23 ans.
Les milieux de terrain
William Carvalho — Indispensable devant la défense durant la seconde partie du tournoi, il a ensuite passé cinq saisons au Betis avant de rejoindre Pachuca. Son contrat avec le club mexicain a été résilié en avril 2026 et il est actuellement libre.
Danilo Pereira — Remplaçant de William lors de l’Euro, il s’est imposé par la suite comme un cadre de la Seleção. Après Porto et le Paris Saint-Germain, il a rejoint Al-Ittihad, en Arabie saoudite, avec lequel il est sous contrat jusqu’en 2027.
Adrien Silva — Son activité et son agressivité avaient été essentielles à l’équilibre du milieu portugais. Après Sporting, Leicester, Monaco, la Sampdoria et Rio Ave, il a mis un terme à sa carrière en 2025.
João Mário — Titulaire pendant les sept matchs, il était l’un des hommes de confiance de Fernando Santos. Passé par l’Inter, le Lokomotiv Moscou et le Benfica, il appartient à Beşiktaş et sort d’une saison passée en prêt à l’AEK Athènes.
João Moutinho — Entré en cours de match lors de la finale et auteur d’une passe décisive contre la Croatie, il reste, à 39 ans, l’un des rares champions encore en activité au Portugal. Il a prolongé son contrat avec Braga jusqu’en juin 2027.
André Gomes — Titulaire pendant la phase de groupes, il avait ensuite perdu sa place dans le onze. Après Valence, Barcelone, Everton et Lille, il a rejoint Columbus Crew en février 2026, avec un contrat courant jusqu’en juin 2027.
Renato Sanches — Élu meilleur jeune de l’Euro à seulement 18 ans, il semblait promis à une carrière exceptionnelle. Son parcours a ensuite été freiné par les blessures et l’instabilité. Toujours sous contrat avec le Paris Saint-Germain jusqu’en 2027, il revient d’un prêt au Panathinaïkos.
Les attaquants
Cristiano Ronaldo — Capitaine et meilleur buteur portugais du tournoi avec trois réalisations, il a continué à repousser les limites de la longévité. Après le Real Madrid, la Juventus et Manchester United, il a rejoint Al-Nassr, avec lequel il est sous contrat jusqu’en 2027. Éliminé par l’Espagne lors du Mondial 2026, il a confirmé qu’il venait de disputer sa dernière Coupe du monde sans annoncer immédiatement la fin de son parcours international.
Nani — Auteur de trois buts pendant l’Euro, dont celui inscrit contre le pays de Galles en demi-finale, il avait récupéré le brassard après la blessure de Ronaldo en finale. Il a ensuite joué aux États-Unis, en Italie, en Turquie et au Portugal avant d’annoncer sa retraite en décembre 2024.
Ricardo Quaresma — Le joueur des grands moments. Buteur contre la Croatie, dernier tireur face à la Pologne et premier remplaçant utilisé en finale, il est resté l’un des visages les plus aimés de cette victoire. Il n’a plus joué au niveau professionnel depuis son départ du Vitória de Guimarães en 2022.
Rafa Silva — Le plus jeune attaquant du groupe derrière Renato Sanches n’a disputé que quelques minutes durant la compétition. Après huit saisons au Benfica et un passage à Beşiktaş, il est revenu à Lisbonne en janvier 2026 et s’est engagé jusqu’en 2028.
Éder — Son but a changé l’histoire du football portugais. Après Lille, il a joué au Lokomotiv Moscou puis en Arabie saoudite avant de terminer sa carrière. En 2024, il a intégré la direction de la Fédération portugaise, avec des responsabilités liées aux sélections de jeunes et aux actions sociales. Le héros de Saint-Denis travaille désormais à l’intérieur même de l’institution dont il a écrit la plus belle page.
Et Fernando Santos ?
Fernando Santos restera pour toujours le sélectionneur du premier titre.
Son Portugal ne produisait pas toujours un football séduisant, mais il possédait une structure, une solidarité et une force mentale rarement vues auparavant en Seleção. Le technicien a ensuite conduit le pays à la victoire lors de la première Ligue des nations, en 2019.
Son mandat s’est achevé après l’élimination contre le Maroc en quart de finale de la Coupe du monde 2022. Il a ensuite connu des expériences beaucoup plus courtes avec la Pologne, Beşiktaş et l’Azerbaïdjan, qui l’a licencié en septembre 2025. Il est actuellement sans poste.
Dix ans plus tard, le Portugal n’est plus le même pays de football
Avant 2016, la Seleção n’avait jamais remporté de compétition internationale majeure chez les seniors.
Depuis, elle a soulevé trois trophées en neuf ans : l’Euro 2016, la première Ligue des nations en 2019 et une deuxième Ligue des nations en 2025, remportée face à l’Espagne aux tirs au but après un match nul 2-2.
Le titre de Saint-Denis n’a donc pas constitué une anomalie isolée. Il a ouvert une nouvelle période de l’histoire portugaise.
Les joueurs qui ont grandi après 2016 ne rejoignent plus la Seleção en se demandant si le Portugal est capable de gagner. Ils arrivent dans une sélection pour laquelle la victoire est devenue une obligation.
C’est peut-être le plus grand héritage de cette équipe.
Plus de talent, mais pas forcément une meilleure équipe
Le paradoxe est pourtant évident.
Depuis 2016, le Portugal a probablement possédé des effectifs individuellement plus forts que celui de Fernando Santos. La génération suivante a produit des joueurs capables de s’imposer au Paris Saint-Germain, à Manchester City, au Bayern, à Manchester United, à Liverpool ou dans les plus grands clubs européens.
Mais dans les grandes compétitions, la Seleção n’a plus retrouvé le dernier carré.
Elle a été éliminée par la Belgique en huitième de finale de l’Euro 2020, par le Maroc en quart de finale du Mondial 2022 et par la France aux tirs au but en quart de finale de l’Euro 2024. Lors de la Coupe du monde 2026, son parcours vient de s'arrêter dès les huitièmes de finale contre l’Espagne, sur un but de Mikel Merino inscrit à la 91e minute.
Roberto Martínez a quitté son poste deux jours après cette élimination. Le Portugal se retrouve donc, en ce 10 juillet 2026, à la recherche d’un nouveau sélectionneur et d’un nouveau projet.
La comparaison avec 2016 est cruelle.
L’équipe d’aujourd’hui possède davantage de solutions techniques. Elle dispose de défenseurs plus rapides, de milieux capables de contrôler le ballon et d’attaquants évoluant dans les meilleurs championnats. Mais elle peine encore à produire une identité collective aussi claire que celle des champions d’Europe.
En 2016, chaque joueur savait exactement ce qu’il devait faire.
Dix ans plus tard, le Portugal sait parfois davantage ce qu’il veut empêcher que ce qu’il souhaite véritablement proposer.
Cristiano Ronaldo, dernier lien avec Saint-Denis
Lors du huitième de finale du Mondial 2026 contre l’Espagne, Cristiano Ronaldo était l’unique survivant du onze de départ aligné dix ans plus tôt au Stade de France.
Autour de lui, tout avait changé.
Rui Patrício avait laissé sa place à Diogo Costa. Pepe et José Fonte avaient été remplacés par une nouvelle génération de défenseurs. Le milieu composé de William Carvalho, Adrien Silva, Renato Sanches et João Mário appartenait désormais au passé.
Mais Ronaldo était toujours là.
La Coupe du monde 2026 devait constituer sa dernière tentative pour conquérir le seul grand trophée qui lui manque. Elle s’est arrêtée sur une nouvelle désillusion face à l’Espagne. Son avenir en Seleção reste encore à déterminer, mais son dernier Mondial marque nécessairement la fin d’une époque.
Le prochain sélectionneur, Jorge Jesus, devra donc résoudre une question que le Portugal repousse depuis plusieurs années : comment préparer pleinement l’après-Ronaldo sans nier tout ce qu’il représente ?
Éder n’a pas seulement marqué un but
Le 10 juillet 2016, Éder n’a pas simplement trompé Hugo Lloris.
Il a libéré le Portugal du poids de toutes ses défaites passées.
Il a effacé, sans la faire disparaître, la douleur de 2004. Il a donné un sens aux larmes de Ronaldo, aux désillusions de Figo, aux générations brillantes mais inachevées et à tous les supporters qui avaient appris à craindre le moment où tout allait basculer.
Avant Éder, le Portugal pouvait rêver de gagner.
Après Éder, il savait qu’il pouvait le faire.
C’est pour cette raison que cette frappe appartient désormais à bien plus qu’un match de football. Elle appartient aux Portugais de Lisbonne, de Porto, de Braga, de Madère, des Açores et de toute la diaspora. À ceux qui étaient au Stade de France, dans les rues de Paris, devant un écran au Portugal, en France, en Suisse, au Luxembourg ou ailleurs.
Dix ans sont passés.
Les joueurs ont vieilli. La plupart ont raccroché. Les sélectionneurs ont changé. Le Portugal a gagné deux autres trophées et connu de nouvelles désillusions.
Mais lorsque l’on revoit Éder armer sa frappe, le temps s’arrête toujours.
Le ballon roule.
Lloris plonge.
Et, pendant une seconde, tout un peuple recommence à devenir champion.






